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Blog · Je vous écoute

La charge mentale invisible : pourquoi personne ne voit tout ce que vous portez

Vous gérez tout, en silence. Et personne ne semble s'en apercevoir.

Il est 22h47. Vous êtes couchée, les yeux fermés, et votre tête tourne encore : le rendez-vous chez le dentiste qu'il faut prendre avant que l'école ne redemande le carnet de vaccination, la réunion de demain pour laquelle vous n'avez pas eu le temps de relire vos notes, le fait qu'il n'y a plus de lessive, et cette phrase que votre belle-mère a dite dimanche et que vous n'avez toujours pas digérée. Personne ne vous a demandé de porter tout ça en même temps. Vous le faites, simplement, parce que si vous ne le faites pas, rien ne tient.

Un concept qui a un nom depuis 1984 — pas depuis hier

Ce que vous vivez a un nom précis, et il n'est pas nouveau. En 1984, la sociologue française Monique Haicault publie un article resté depuis une référence, La gestion ordinaire de la vie en deux. Elle y observe quelque chose de très simple et pourtant longtemps invisible : dans un couple, une personne — le plus souvent la femme — porte seule le travail de planification et de coordination du foyer. Pas seulement les tâches elles-mêmes, mais le fait d'y penser en premier, tout le temps, avant qu'on le lui demande.

Haicault a mis presque quarante ans à voir ce concept sortir des revues de sociologie du travail. Il a fallu attendre 2017 et la bande dessinée Fallait demander, d'Emma, pour qu'il devienne un mot que tout le monde reconnaît. Mais le fait d'avoir un nom ne l'a pas rendu plus léger à porter — il a juste rendu plus facile d'en parler. Ou, du moins, de commencer à essayer.

Ce n'est pas une question d'organisation

La tentation, face à cette fatigue précise, est de se dire qu'il suffirait de mieux s'organiser : une application partagée, une liste sur le frigo, une répartition plus juste. Ces outils aident, parfois. Mais Haicault le montre bien : la charge mentale n'est pas le fait d'exécuter des tâches, c'est le fait d'être la seule à y penser en continu, y compris pendant qu'on fait autre chose. On peut déléguer une tâche. On ne délègue pas facilement le fait d'avoir toujours une partie de l'esprit ailleurs.

C'est ce qui la rend si difficile à expliquer à quelqu'un qui ne la porte pas. De l'extérieur, tout semble fonctionner : le dîner est prêt, les rendez-vous sont pris, les enfants sont à l'heure. Le résultat est visible. Le travail de coordination derrière, lui, ne l'est jamais. Alors on vous demande si tout est prêt. Rarement si vous, vous tenez encore debout.

Le poids qui ne se voit pas, mais qui compte quand même

Il n'y a pas besoin d'attendre l'épuisement total pour que cela compte. On minimise souvent ce qu'on ressent parce que rien de « grave » n'est arrivé — pas de rupture, pas de diagnostic, pas d'incident. Juste cette usure lente, continue, qui n'a pas de moment précis où elle a commencé et qui, justement pour cette raison, semble ne jamais mériter qu'on s'y arrête.

Et souvent, la personne à qui l'on pourrait s'en ouvrir fait elle-même partie de l'équation — ce qui rend la chose plus délicate encore à formuler sans que cela ne devienne un reproche, une dispute, ou une négociation sur qui fait quoi. Alors on se tait, encore, et le silence lui-même s'ajoute à la liste des choses qu'on porte seule.

Ce n'est pas parce que ce n'est pas une crise que ce n'est pas réel. Vous n'avez pas besoin d'un diagnostic ni d'un point de rupture pour avoir le droit de poser ce poids quelque part, ne serait-ce qu'une heure, face à quelqu'un qui ne fait pas partie de l'équation — et qui, pour une fois, ne vous demande pas si tout est prêt, mais comment vous allez, vraiment.

Vous n'avez pas besoin d'une bonne raison pour parler.

60 minutes, en ligne, rien que pour vous.

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